Laboratoire

de la ville du futur

Les villes mangeront-elles les Alpes? «L’accessibilité de la montagne la met en péril»

Les villes mangeront-elles les Alpes? «L’accessibilité de la montagne la met en péril»

Nathalie Mongé, Laurent Daune - Groupe de recherche ‘Projet de Paysage’.

Fuir la plaine et se réfugier à la montagne ? Y vivre en travaillant à distance, y passer ses vacances ou ses week-ends est devenu possible, tant la montagne est devenue complaisante, l’effort physique n’y est plus requis. Tous les budgets peuvent se l’offrir. Les stations sont tellement bien connectées aux villes qu’elles pourraient presque faire partie des agglomérations et devenir les parcs de loisirs de la ville de demain. Certaines ne le sont-elles pas déjà? Les citadins, en mal de paradis naturels, demandent toujours plus d’aménagements, de nouvelles constructions, d’équipements pour pratiquer la montagne avec le maximum de confort possible.

Les régions de montagne subissent depuis longtemps cette pression, certaines ont choisi de répondre massivement à ces consommateurs d’infrastructures, d’autres, de plus en plus nombreuses, misent sur les amateurs de nature et cherchent à valoriser leurs atouts, notamment leur paysage. D’autres encore cherchent à retrouver des qualités perdues… A l’image de la station bagnarde favorite des Genevois, Verbier.

‘Verbier à la recherche de son âme ?’, titrait le Nouvelliste, le 12 janvier. La commune de Bagnes veut en effet repenser tout le centre de la station et lance en ce moment un concours d’idées pour l’aménagement des ses espaces publics. Mais cela fait quelques années que Verbier, et plus largement la commune (qui englobe tout le Val de Bagnes), cherche à reconsidérer son territoire. Dans un premier temps, elle a invité des étudiants de la filière architecture du paysage de hepia pour imaginer autrement les espaces publics de la station. Puis l’échelle à considérer s’est élargie: la commune a par la suite demandé aux étudiants de voir par exemple d’un oeil nouveau la rivière de la Dranse, en fond de vallée. [1]

Ce changement d’échelle a permis d’ouvrir la réflexion à d’autres thématiques que les rues et les places de la station elle-même. Quelle est la place de l’eau, mais aussi des transports dans l’ensemble de la vallée? Ainsi un groupe d’étudiants a proposé de réutiliser les déblais issus des nouvelles constructions pour réaliser un barrage sur la Dranse. Ce barrage permettrait d’effectuer des lâchers d’eau pour retrouver la dynamique de la rivière, mais aussi pour produire de l’électricité. Un autre groupe a réaménagé les rives de la Dranse et de ses affluents, abordant le fond de la vallée comme un immense parc, habité, cultivé et parcouru. Les réflexions autour de la mobilité ont donné lieu à l’élaboration de nouveaux lieux publics en liaison avec les ouvrages construits : gare, stationnements, chemins piétons… Enfin des étudiants ont exploré le maintien de la vitalité agricole comme outil de développement territorial.

L’idée de ces ateliers a été de faire émerger les qualités majeures du paysage du Val de Bagnes et de définir, en concertation avec les acteurs locaux, les conditions d’un développement respectueux du site et porteur de nouvelles qualités paysagères. L’étude paysagère qui s’ensuivra doit donner des indications précises d’aménagement. L’élargissement de la focale a surtout réorganisé les priorités: de station hyper développée au détriment de sa vallée, Verbier pourrait devenir l’élément touristique d’un paysage régional renouvelé.


Illustrations tirées des travaux d’étudiants

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